Nous n’allons pas ici lancer une guerre théologique, telle n’est pas notre but, celle-ci n’a d’ailleurs aucune raison d’être pour notre part.
Il nous faut d’abord poser quelques notions car sur l’opposition, si elle existe sur la manière d’appréhender notre spiritualité, nous n’avons aucune raison de la transposer dans quelque autre domaine que ce soit.
Le paganisme ne s’oppose pas par nature aux religions des livres, il les ignore. Il ne s’agit pas d’une ignorance de mépris, mais seulement le fait que les traditions païennes sont nées indépendamment d’elles et pour beaucoup avant elles.
L’inverse n’est pourtant pas vrai. On trouve référence aux païens dans les livres de ces religions généralement par principe d’opposition ou au moins de distinction.
La plupart des religions païennes sont premières, c'est-à-dire qu’elles existent par elles-mêmes et n’ont aucun élément fondateur se référant à une autre religion. Pour celles qui ne correspondent pas à cela, il s’agit de tradition infantes, c'est-à-dire découlant de celles-ci par évolution ou syncrétisme, ce qui ne leur enlève pourtant aucune valeur, c’est simplement une approche différente.
Aux religions en elles-mêmes, aucune, nous considérons notre spiritualité
pour nous-mêmes et laissons à chacun le droit de mener leur spiritualité comme
il l’entend, tant que cela n’a pas d’incidence concrète sur nous.
C’est justement sur ce dernier point que les seules oppositions réelles
pourraient naître. Cependant, comme nous vivons pour la plupart dans une
société laïque, cette possibilité est donc écartée à fortiori.
Beaucoup de païens sont d’ailleurs très attaché à cette laïcité, car elle les
protège dans leurs pratiques d’un point de vue national, même si celle-ci
parfois diversement interprétée par ceux qui la garantisse.
Il est vrai que beaucoup de païens souffrent encore de ce qu’on appelle
régulièrement le syndrome de Constantin
Mais s’il existe, c’est à cause d’un lourd passif. Rien ne pourra jamais
effacer celui-ci, mais les temps ont changé ainsi que les sociétés.
En tant que religions minoritaires dans de nombreux pays, nous ne voulons
pas changer nos sociétés pour se mettre dans nos systèmes de valeurs, par
contre en tant que citoyens, nous estimons que nos religions ont tout autant à
être respectées.
Nous sommes dépeints sous un bien vilain jour dans nombre de passage des livres
saints. Loin de nous le fait de faire censurer ceux-ci pour incitation à la
haine religieuse, bien qu’en un sens ça en soit parfois, nous voulons juste
montrer quelle injustice nous en est faite.
De ces ‘quelques’ passage, le mythe du méchant païen a vu le jour, entretenu
par la résistance de nos anciens à se faire convertir à une religion nouvelle,
alors qu’ils en avaient déjà une qui leur allait très bien.
Mais les temps ont changé depuis, du moins pour l’occident. Les paganismes
reviennent, avec d’autant plus de force que les civilisations ont changé et que
les nouvelles générations de païens arrivent avec des religions intégrant la
modernité et non des religions archéologiques. C’est d’ailleurs un point
essentiel, le paganisme s’adapte au monde au lieu d’être figé sur le papier.
Maintenant, il reste à savoir si ce retour sera pris comme une rivalité par les
autres religions. Il semble que ce soit souvent le cas, cependant nous saluons
toutes les initiatives visant au dialogue interreligieux honnête.
Outre la non-reconnaissance des dogmes des religions des livres, il existe aussi des divergences sur la perception même du monde.
La position de la femme est différente dans chaque tradition, mais l’absence
du ‘péché originel’ ne pose pas la femme en tant ‘coupable’ et être inférieur,
voire maléfique.
La position dominante sur les relations hommes-femmes est en général basée sur
une logique de complément. Aucun des deux sexes n’est supérieur à l’autre de
manière intrinsèque, mais ont des domaines de compétence différents. Par
exemple les domaines liés à la force physique seront plutôt masculins et les
domaines. On trouve aussi généralement un rapport de champ d’action où
l’intérieur du foyer est généralement géré par une épouse et l’extérieur par le
mari. Cela n’a rien de révolutionnaire, cependant il est vécu en conscience.
Cette règle n’a aucune valeur en tant qu’absolu, car variable d’une tradition à
l’autre, d’un individu à l’autre et souvent en fonction de l’âge, mais du
rapport hommes-femmes découle un ensemble de valeurs de respects des différents
domaines.
Ainsi, l’appréhension de la femme peut par contre être une opposition de
valeurs entre les paganismes et les religions des livres où elle est souvent
infériosée. Ainsi, de nombreuses païennes, soutenues par les païens hommes,
dénoncent clairement le traitement fait à leurs sœurs sous prétexte de dogmes
religieux. Femme fière de sa nature, la païenne prend ces oppressions et
discriminations pour une offense aux principes féminins divins.
Cela concerne des sujets à différents niveau depuis les violences subies et
l’excision, jusqu’au droit à la prêtrise en passant par la minorité (au sens
légal) des femmes par rapport à leurs pères, frères ou époux. Cela concerne
aussi la considération comme marchandise, comme dans le cas de l’esclavage et
de la prostitution non volontaire ainsi que les mariages arrangés non
équitables.
Un autre point de divergence est l’approche de la sexualité. N’ayant là non
plus pas un rapport à un péché originel, celle-ci n’est pas coupable.
Une forte opposition vient aussi des accusations de satanisme
Celle-ci n’est pas issue des païens et ne les concerne pas en pratique comme
montré dans les pages dédiées. Cependant, cela reste un fantasme au sein des
communautés des livres.
Cette opposition pourrait assez vite disparaître avec la réalisation que ces
fantasmes ne reposent sur aucune réalité, ceci vient d’une mauvaise
connaissance des paganismes, tant par préjugés, que par l’absence de vouloir
envisager une remise en question de ceux-ci.
A décharge, il faut quand même dire que cela remet en question partiellement des enseignements édictés dans leurs livres saints et nécessite l’acceptation du divin comme pouvant avoir des aspects multiples. En pratique, il s’agit d’une remise en question de font sur sa vision du monde et ce n’est pas si évident. Preuve en est, les croyants de ces religions ont parfois du mal à s’entendre alors que leurs religions sont cousines.
Certains l’ont pourtant déjà compris, leur vision des païens a changé et le voisinage se passe bien, mais c’est malheureusement encore rarement le cas.
Un autre point d’opposition est que nous ne croyons pas à l’universalité de nos fois. Par là, il faut entendre que nous laissons libre choix à chacun de croire et prier comme il l’entend, tant que cela n’a pas de conséquences néfastes. Nous ne prétendons pas avoir ‘la vérité’, nous avons nos vérités. On entre donc dans une notion de vérités relatives aux individus, qui ne s’opposent pas aux vérités des autres. Les notions d’imposition de nos convictions et de prosélytisme nous sont donc extérieures.
L’absence de péché originel impliquant de sauver des âmes d’on ne sait quel
péril n’existe pas pour nous, il n’y a donc pas de volonté à sauver l’autre à
tout prix.
C’est un point qui revient souvent dans des dialogues interreligieux où on veut
souvent nous convertir pour notre bien parce que nos âmes seront en proie aux
feux de l’enfer. Nous avons nos propres convictions sur notre avenir
post-mortem dans chaque tradition et cette vision de l’enfer n’existe pas pour
nous.
En pratique, cela crée immédiatement une distance vis-à-vis de nos
interlocuteurs qui pensent agir pour notre bien. De même, une barrière est le
manque de connaissances de nos concepts (différents d’une tradition à l’autre),
alors que la plupart d’entre nous connait les principes de base des religions
des livres. Si nous n’avons pas choisi ces religions, c’est donc en conscience,
le moindre des respects qu’on nous doit est de respecter nos choix.
On ne peut penser le paganisme par le calque d’une religion des livres. Très
peu d’entre nous ont un dieu unique, très peu d’entre nous ont des prophètes ou
messies. Nous ne sommes pas tenus par des obligations religieuses de religions
qui ne sont pas les nôtres, mais nous avons d’autres.
Accepter ce genre de choses peut être très dur pour un croyant des livres, car
sa religion se veut universelle. Il peut être même paradoxal pour lui
d’accepter qu’une autre foi puisse exister. Mais ne serait ce pas un pas
supplémentaire pour lui dans sa propre foi de comprendre celles des autres et
ce qu’elles leur apportent?
Aussi pour un bon dialogue avec nous:
Respectez nos fois et n’essayez pas de nous convertir!
Sinon, il y a encore un dernier point sur le lequel il y a divergence,
l’externalisation du divin, ce qui mène à la place de l’homme dans le monde.
Les dieux païens font partie du monde et ne sont pas extérieurs à celui-ci.
Parfois il y a plusieurs mondes, mais la logique reste la même. Il ne s’agit
pas de dieux ayant tout créé et placé l’homme au dessus de sa création.
Il n’y a pas de genèse où l’homme soit placé comme ayant tous droits sur la
terre, les plantes et les animaux. Le païen se situe dans son monde, voire ses
mondes et connaît et tient sa place d’élément constituant à une juste mesure,
dans le respect de ce qui est et potentiellement vit. Chaque chose est un
élément constituant du monde
Il n’y a pas d’oppositions à faire entre les deux types de religions d’un point de vue spirituel. Même si nous avons une approche du monde et des valeurs différentes, le dialogue est possible si cela se passe dans le respect de l’autre.
A l’heure où les religions se rapprochent dans les sociétés occidentales, les païens sont prêts à être au rendez-vous pour peu que cela leur soit proposé et que cela se faire dans une estime mutuelle. Malheureusement leur présence est encore rare dans les rencontres œcuméniques.
Mais tout cela ne sera pas facile, les religions des livres n’étant pas premières et leurs récits sacrés distinguant leurs croyants des païens par dogme. Le chemin est donc encore long, mais pas impossible pour arriver à une bonne entente.
Numéro CNIL : 1051289
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