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Paganisme et religions des livres

Existe-t-il une opposition fondamentale des paganismes envers les religions des livres?

Nous n’allons pas ici lancer une guerre théologique, telle n’est pas notre but, celle-ci n’a d’ailleurs aucune raison d’être pour notre part.

Il nous faut d’abord poser quelques notions car sur l’opposition, si elle existe sur la manière d’appréhender notre spiritualité, nous n’avons aucune raison de la transposer dans quelque autre domaine que ce soit.

Le paganisme ne s’oppose pas par nature aux religions des livres, il les ignore. Il ne s’agit pas d’une ignorance de mépris, mais seulement le fait que les traditions païennes sont nées indépendamment d’elles et pour beaucoup avant elles.

L’inverse n’est pourtant pas vrai. On trouve référence aux païens dans les livres de ces religions généralement par principe d’opposition ou au moins de distinction.

La plupart des religions païennes sont premières, c'est-à-dire qu’elles existent par elles-mêmes et n’ont aucun élément fondateur se référant à une autre religion. Pour celles qui ne correspondent pas à cela, il s’agit de tradition infantes, c'est-à-dire découlant de celles-ci par évolution ou syncrétisme, ce qui ne leur enlève pourtant aucune valeur, c’est simplement une approche différente.

Les païens ont-ils des raisons de s’opposer aux religions des livres?

Aux religions en elles-mêmes, aucune, nous considérons notre spiritualité pour nous-mêmes et laissons à chacun le droit de mener leur spiritualité comme il l’entend, tant que cela n’a pas d’incidence concrète sur nous.
C’est justement sur ce dernier point que les seules oppositions réelles pourraient naître. Cependant, comme nous vivons pour la plupart dans une société laïque, cette possibilité est donc écartée à fortiori.
Beaucoup de païens sont d’ailleurs très attaché à cette laïcité, car elle les protège dans leurs pratiques d’un point de vue national, même si celle-ci parfois diversement interprétée par ceux qui la garantisse.

Il est vrai que beaucoup de païens souffrent encore de ce qu’on appelle régulièrement le syndrome de Constantin en occident. Mais il y a une réelle envie de le faire taire, celui-ci ayant été identifié en pris dans les consciences. Il est de toute façon un boulet que gène à l’évolution personnelle de chacun, aussi la communauté païenne essaie de s’en débarrasser pour les générations suivantes.
Mais s’il existe, c’est à cause d’un lourd passif. Rien ne pourra jamais effacer celui-ci, mais les temps ont changé ainsi que les sociétés.

En tant que religions minoritaires dans de nombreux pays, nous ne voulons pas changer nos sociétés pour se mettre dans nos systèmes de valeurs, par contre en tant que citoyens, nous estimons que nos religions ont tout autant à être respectées.
Nous sommes dépeints sous un bien vilain jour dans nombre de passage des livres saints. Loin de nous le fait de faire censurer ceux-ci pour incitation à la haine religieuse, bien qu’en un sens ça en soit parfois, nous voulons juste montrer quelle injustice nous en est faite.
De ces ‘quelques’ passage, le mythe du méchant païen a vu le jour, entretenu par la résistance de nos anciens à se faire convertir à une religion nouvelle, alors qu’ils en avaient déjà une qui leur allait très bien.
Mais les temps ont changé depuis, du moins pour l’occident. Les paganismes reviennent, avec d’autant plus de force que les civilisations ont changé et que les nouvelles générations de païens arrivent avec des religions intégrant la modernité et non des religions archéologiques. C’est d’ailleurs un point essentiel, le paganisme s’adapte au monde au lieu d’être figé sur le papier. Maintenant, il reste à savoir si ce retour sera pris comme une rivalité par les autres religions. Il semble que ce soit souvent le cas, cependant nous saluons toutes les initiatives visant au dialogue interreligieux honnête.

Divergences idéologiques

Outre la non-reconnaissance des dogmes des religions des livres, il existe aussi des divergences sur la perception même du monde.

La position de la femme est différente dans chaque tradition, mais l’absence du ‘péché originel’ ne pose pas la femme en tant ‘coupable’ et être inférieur, voire maléfique.
La position dominante sur les relations hommes-femmes est en général basée sur une logique de complément. Aucun des deux sexes n’est supérieur à l’autre de manière intrinsèque, mais ont des domaines de compétence différents. Par exemple les domaines liés à la force physique seront plutôt masculins et les domaines. On trouve aussi généralement un rapport de champ d’action où l’intérieur du foyer est généralement géré par une épouse et l’extérieur par le mari. Cela n’a rien de révolutionnaire, cependant il est vécu en conscience. Cette règle n’a aucune valeur en tant qu’absolu, car variable d’une tradition à l’autre, d’un individu à l’autre et souvent en fonction de l’âge, mais du rapport hommes-femmes découle un ensemble de valeurs de respects des différents domaines.
Ainsi, l’appréhension de la femme peut par contre être une opposition de valeurs entre les paganismes et les religions des livres où elle est souvent infériosée. Ainsi, de nombreuses païennes, soutenues par les païens hommes, dénoncent clairement le traitement fait à leurs sœurs sous prétexte de dogmes religieux. Femme fière de sa nature, la païenne prend ces oppressions et discriminations pour une offense aux principes féminins divins.
Cela concerne des sujets à différents niveau depuis les violences subies et l’excision, jusqu’au droit à la prêtrise en passant par la minorité (au sens légal) des femmes par rapport à leurs pères, frères ou époux. Cela concerne aussi la considération comme marchandise, comme dans le cas de l’esclavage et de la prostitution non volontaire ainsi que les mariages arrangés non équitables.

Un autre point de divergence est l’approche de la sexualité. N’ayant là non plus pas un rapport à un péché originel, celle-ci n’est pas coupable.

Une forte opposition vient aussi des accusations de satanisme et d’idolâtrie .
Celle-ci n’est pas issue des païens et ne les concerne pas en pratique comme montré dans les pages dédiées. Cependant, cela reste un fantasme au sein des communautés des livres.
Cette opposition pourrait assez vite disparaître avec la réalisation que ces fantasmes ne reposent sur aucune réalité, ceci vient d’une mauvaise connaissance des paganismes, tant par préjugés, que par l’absence de vouloir envisager une remise en question de ceux-ci.

A décharge, il faut quand même dire que cela remet en question partiellement des enseignements édictés dans leurs livres saints et nécessite l’acceptation du divin comme pouvant avoir des aspects multiples. En pratique, il s’agit d’une remise en question de font sur sa vision du monde et ce n’est pas si évident. Preuve en est, les croyants de ces religions ont parfois du mal à s’entendre alors que leurs religions sont cousines.

Certains l’ont pourtant déjà compris, leur vision des païens a changé et le voisinage se passe bien, mais c’est malheureusement encore rarement le cas.

Un autre point d’opposition est que nous ne croyons pas à l’universalité de nos fois. Par là, il faut entendre que nous laissons libre choix à chacun de croire et prier comme il l’entend, tant que cela n’a pas de conséquences néfastes. Nous ne prétendons pas avoir ‘la vérité’, nous avons nos vérités. On entre donc dans une notion de vérités relatives aux individus, qui ne s’opposent pas aux vérités des autres. Les notions d’imposition de nos convictions et de prosélytisme nous sont donc extérieures.

L’absence de péché originel impliquant de sauver des âmes d’on ne sait quel péril n’existe pas pour nous, il n’y a donc pas de volonté à sauver l’autre à tout prix.
C’est un point qui revient souvent dans des dialogues interreligieux où on veut souvent nous convertir pour notre bien parce que nos âmes seront en proie aux feux de l’enfer. Nous avons nos propres convictions sur notre avenir post-mortem dans chaque tradition et cette vision de l’enfer n’existe pas pour nous.
En pratique, cela crée immédiatement une distance vis-à-vis de nos interlocuteurs qui pensent agir pour notre bien. De même, une barrière est le manque de connaissances de nos concepts (différents d’une tradition à l’autre), alors que la plupart d’entre nous connait les principes de base des religions des livres. Si nous n’avons pas choisi ces religions, c’est donc en conscience, le moindre des respects qu’on nous doit est de respecter nos choix.

On ne peut penser le paganisme par le calque d’une religion des livres. Très peu d’entre nous ont un dieu unique, très peu d’entre nous ont des prophètes ou messies. Nous ne sommes pas tenus par des obligations religieuses de religions qui ne sont pas les nôtres, mais nous avons d’autres.
Accepter ce genre de choses peut être très dur pour un croyant des livres, car sa religion se veut universelle. Il peut être même paradoxal pour lui d’accepter qu’une autre foi puisse exister. Mais ne serait ce pas un pas supplémentaire pour lui dans sa propre foi de comprendre celles des autres et ce qu’elles leur apportent?

Aussi pour un bon dialogue avec nous:
Respectez nos fois et n’essayez pas de nous convertir!

Sinon, il y a encore un dernier point sur le lequel il y a divergence, l’externalisation du divin, ce qui mène à la place de l’homme dans le monde.
Les dieux païens font partie du monde et ne sont pas extérieurs à celui-ci. Parfois il y a plusieurs mondes, mais la logique reste la même. Il ne s’agit pas de dieux ayant tout créé et placé l’homme au dessus de sa création.
Il n’y a pas de genèse où l’homme soit placé comme ayant tous droits sur la terre, les plantes et les animaux. Le païen se situe dans son monde, voire ses mondes et connaît et tient sa place d’élément constituant à une juste mesure, dans le respect de ce qui est et potentiellement vit. Chaque chose est un élément constituant du monde

Conclusion:

Il n’y a pas d’oppositions à faire entre les deux types de religions d’un point de vue spirituel. Même si nous avons une approche du monde et des valeurs différentes, le dialogue est possible si cela se passe dans le respect de l’autre.

A l’heure où les religions se rapprochent dans les sociétés occidentales, les païens sont prêts à être au rendez-vous pour peu que cela leur soit proposé et que cela se faire dans une estime mutuelle. Malheureusement leur présence est encore rare dans les rencontres œcuméniques.

Mais tout cela ne sera pas facile, les religions des livres n’étant pas premières et leurs récits sacrés distinguant leurs croyants des païens par dogme. Le chemin est donc encore long, mais pas impossible pour arriver à une bonne entente.