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Paganisme et identitarisme (définition*)

De nombreux identitaires se réclament du paganisme, voire affirment que le paganisme est forcément une religion identitaire. Ceci est repris par leurs adversaires ainsi que par les médias, auxquels est offert un sujet croustillant et relayé par des croyants d'autres religions trouvant là une occasion facile de dénigrer le paganisme, au point que cela est devenu un cliché.

Comme pour beaucoup d'autres sujets de société, il est pourtant notable que ces mouvements ne représentent qu'une minorité, et que bien entendu c'est sur celle-ci qu'est maintenue la focalisation médiatique, pour des raisons évidentes de sensationnalisme.

Pourtant, il ne faut pas croire que les païens se distinguent dans leurs opinions politiques du reste de la population, car il en existe de toutes tendances.

Par exemple, il y a des supporters de football racistes qui sont montrés du doigt partout, mais leur attitude n'implique pas que toutes personnes aimant le football soient des hooligans racistes et/ou identitaires. L'attrait pour le football dépasse les ethnies, les particularismes, et les nationalités.

De même pour le paganisme, la religion et la spiritualité n'ont pas de frontières, bien que l'on puisse plus ou moins rattacher l'origine de la plupart des traditions à des aires géographiques et culturelles. Alors pourquoi, dans un cas comme dans l'autre, généraliser ?

Qu'en est il des arguments qu'il s'agit de religions de peuples précis?

Premièrement il ne faut pas confondre ethnies, peuples et nations. Sans entrer dans de longs discours sur ces notions, rappelons brièvement quelques définitions :
PEUPLE
1. Ensemble des humains vivant en société sur un territoire déterminé et qui, ayant parfois une communauté d'origine, présentent une homogénéité relative de civilisation et sont liés par un certain nombre de coutumes et d'institutions communes.
2. P. ext. Ensemble de personnes qui, n'habitant pas un même territoire mais ayant une même origine ethnique ou une même religion, ont le sentiment d'appartenir à une même communauté. Peuple basque, chrétien, palestinien, tzigane.
NATION
Groupe d'hommes dont les membres sont unis par une origine réelle ou supposée commune et qui sont organisés primitivement sur un territoire.
1. a) Groupe humain, généralement assez vaste, dont les membres sont liés par des affinités tenant à un ensemble d'éléments communs ethniques, sociaux (langue, religion, etc.) et subjectifs (traditions historiques, culturelles, etc.) dont la cohérence repose sur une aspiration à former ou à maintenir une communauté.
ETHNIE
Groupe d'êtres humains qui possède, en plus ou moins grande part, un héritage socio-culturel commun, en particulier la langue.
Comme on peut le voir, chacune de ces notions sont empreintes d'un fort aspect subjectif que les sciences humaines ne peuvent trancher avec exactitude. Nombre de mouvances identitaires s'engouffrent dans les ambiguités inhérentes à ces termes pour redéfinir à leur souhait les limites de ces termes selon leurs aspirations. Ces définitions seront donc propres à chaque mouvance identitaire, mais le crédit qu'on leur accordera se limitera nécessairement à une valeur subjective et revendicative. Dans ces conditions, il est impossible d'affirmer que les propos s'appuyant sur ces définitions recouvrent une vérité objective et indiscutable, et par extension, il est plus juste de considérer que l'affirmation comme quoi une religion païenne peut être adoptée exclusivement par les peuples natifs est le fruit d'une aspiration propre à certains groupes qu'une vérité absolue. Dans le cas contraire, il faudrait considérer que les religions monothéistes ne peuvent être pratiquées que par des natifs de certaines régions du moyen-orient, c'est à dire là où elles ont vu le jour. Il faudrait considérer également qu'aucun occidental ne pourrait se convertir au bouddhisme. Nous laissons ces considérations aux tenants des logiques identitaires, mais considérons que les faits ne leur donnent pas raison.

Au niveau du paganisme, les exemples les plus évidents sont l'empire romain et le royaume d'Egypte qui consistaient en de vrais patchworks ethniques.
De même, on ne peut pas dire qu'il s'agissait de religions nationalistes fermées, car ces empires intégraient facilement les étrangers, leur permettant de garder leurs coutumes et religions s'ils le désiraient, tant qu'ils respectaient les lois en vigueur.

Dans les temps anciens de nombreux peuples ont migré en Europe, en particulier les indo-européens venant du sud-est et ne sont donc pas Autochtones. Si l'on suit la logique identitaire, il faudrait les considérer comme non-natifs, ce qui constitue une forme de refus du principe même des migrations humaines, qui ont pourtant rythmé toute l'histoire de l'humanité.
Lors de la rencontre d'autres peuples, il y a parfois eu des affrontements, mais ceux-ci n'étaient, le plus souvent, pas dus à des raisons ethniques ou religieuses mais bien territoriales. D'autres fois, il y a eu des assimilations d'un peuple par un autre et les deux cultures se sont mêlées, donnant parfois naissance à de nouvelles religions syncrétiques.
Cela s'est fait pendant des siècles, aussi toute notion de race indigène pure est une absurdité, puisque l'essence même du peuplement des territoires est une histoire d'affrontements, de commerces, d'échanges de biens, et de biens culturels, et donc d'enrichissement mutuel des cultures. Ainsi, la défense d'une religion ethnique pure devient une sorte de non-sens : le domaine de l'histoire des religions prouve bien que la construction des religions est non-seulement affaire de complexification progressif, en même temps que le fruit d'un long processus d'échanges culturels et d'empreints mutuels d'éléments religieux. Il ne s'agit pas là de tomber dans un absurde discours pro ou anti-raciste, car ce n'est aucunement le propos, mais seulement de prendre en compte en toute honnêteté les connaissances dont nous disposons à l'heure actuelle, dans les domaines ethnologiques et anthropologiques, et qui elles, n'ont pas de couleur idéologique.

Par extension, la logique identitaire s'appuie sur des principes idéologiques propres dont la pertinence est au minimum discutable au niveau scientifique.

De là, de nombreux groupes païens actuels ne sont pas ethniques. Il en existe quelques uns, mais en Europe ils sont trop souvent plus politisés que spirituels. De nombreuses personnes pratiquent même des religions avec lesquelles ils n'ont aucun rapport ethnique, c'est par exemple le cas des khémites (pratiquants de la religion de l'ancienne Egypte) dont bien rares sont ceux qui ont du sang égyptien. Cela marche dans les deux sens, car peu de pratiquants francophones de la religion nordique ont réellement du sang scandinave.

Racisme, ethnocentrisme et religion

Parlons maintenant clairement de racisme et de religion.

On sait qu'il y a potentiellement, plus de différences entre deux humains de même ethnie, qu'entre deux ethnies, si l'on établit la moyenne de leurs caractéristiques. C'est une donnée statistique bien connue des anthropologues. La nature du divin est encore une autre affaire, qui transcende et dépasse complètement l'humain. Il faut donc se méfier des idées reçues concernant les races et les ethnies.

On ne peut pas tricher avec les dieux, les prières émises n'ont aucun rapport avec la couleur de la peau ou les autres caractéristiques ethniques, mais avec la sincérité.

Pour ce qui est des représentations des dieux et êtres divins, illustrons ce propos avec un exemple compréhensible par tous, et prenons une illustration chrétienne. Les représentations classiques du christ le présentent comme ayant les cheveux clairs longs et ondulés avec une barbe courte (voire avec les yeux bleus). En pratique, cela ne correspond en rien aux morphologies courantes dans la zone du monde dont il est censé être issu, tant ethniquement que par rapport à la mise. Cependant, il correspond tout à fait aux critères de noblesse européens du moyen-âge.

Les représentations de nos dieux rentrent dans le même cadre, elles ont leurs explications cultuelles et contextuelles. Comment un grec pourrait représenter ses dieux autrement qu'avec des traits qu'il peut constater dans son entourage, passés au filtre de la symbolique, en l'occurence une certaine idée qu'il se fait de la perception, plus particulièrement.
Les dieux à apparence animale ou chimérique (mixte) répondent aussi à ce filtre de la symbolique, les animaux correspondant à certaines valeurs directement liées à ces dieux.

Il serait effectivement absurde aujourd'hui de représenter Odhinn noir africain, Isis en asiatique ou Pachamama en européenne, car ils sont historiquement liées aux représentations de certains peuples et leurs codes symboliques. De même, la modernisation de leur apparence et attributs n'a quasiment jamais lieu pour les mêmes raisons. Il serait tout aussi absurde de représenter Mars en uniforme de général, Amaterasu en Manga girl ou Héra en tailleur Chanel.
Ces règles ont pourtant quelques exceptions comme Isis qui avec l'invasion de l'Egypte par Alexandre a développé une forme grecque, puis latine par la suite.

De là, il est évident qu'il faut complètement désolidariser la représentation de la réelle nature divine. Les dieux ne sont donc pas liés non plus à une ethnie humaine : leurs représentations se contentent d'être le reflet d'un contexte temporel et culturel, alors que leur essence est, jusqu'à preuve du contraire, intemporelle.
D'ailleurs de quel droit un humain pourrait il se permettre d'interdire à un autre humain de prier les mêmes dieux que lui ? En quoi ça le concerne ? Quand bien même se serait-il vu attribuer un tel droit, en faire usage serait substituer sa décision à celle de son dieu qui est sûrement mieux placé pour savoir s'il a envie de se faire prier.

Les cas spécifiques de la tradition nordique et de la tradition celtique

Si nous abordons ces deux traditions comme des cas particuliers, c'est qu'elles sont particulièrement touchées par ce phénomène d'assimilation.

La tradition nordique l'est car lors de la seconde guerre mondiale, le régime nazi a détourné la plupart de ses symboles (voir page sur les symboles à venir) à des fins de propagande indépendamment de la signification originelle de ceux-ci. De même, les grands mythes traditionnels ont été détournés de leurs significations originelles pour cautionner cet élan nationaliste.
De plus, les images d'Epinal décrivent le guerrier viking comme une machine de guerre brutale, un idéal pour certains jeunes qui voient dans la violence ou la guerre comme un idéal de vie. Les idéaux de vie des hommes du nord de l'époque étaient pourtant paix et prospérité.

La tradition celtique s'est vue assimilée à certaines mouvances identitaires à tendance raciste, car il s'agit d'une religion ancestrale en francophonie. Il est de pratique courante dans ce milieu d'utiliser des images fortes issues du patrimoine local pour donner des signes de ralliement à ces membres. C'est oublier que les Celtes étaient eux-mêmes des immigrés dans leur premiers temps en Europe.

Dans le cadre de ces deux traditions le problème d'identification et d'usurpation en est même arrivé à ce que beaucoup de pratiquants se méfient les uns des autres tant la politisation est importante dans certains groupes. C'est généralement ce qui déclenche les oppositions idéologiques entre les différentes tendances identitaires et universalistes.

Qu'en est il du Pagan Metal?

Il est vrai qu'il existe une étrange nébuleuse floue dans le milieu de Hard Rock où certains groupes utilisent 'l'imagerie' païenne. En pratique, c'est en version un peu plus confuse le même problème.

On peut y distinguer plusieurs catégories générales

  • Des groupes identitaires qui utilisent des images issues du paganisme comme le fait l'identitaire politisé.
  • Des groupes satanistes qui se targuent du nom de païens car ils s'opposent au christianisme. (Voir la page ('Paganisme et satanisme')
  • Des groupes qui ne font que reprendre l'imagerie païenne pour un contexte lyrique ou romantique, sans que les convictions ne suivent.
  • Des groupes réellement païens qui prennent leurs sources d'inspiration dans leur tradition. Ce sont des bardes et skalds modernes…
  • Certains entre même dans les deux premières catégories, comme le tristement célèbre Burzum de Christian 'Varg' Vikernes. (lien: http://fr.wikipedia.org/wiki/Burzum)

    Il n'est pas toujours simple de faire la différence entre tous. Il arrive parfois même à des païens écoutant ce genre musical de se tromper sur les intentions des groupes alors qu'ils achètent leurs albums. Souvent une visite sur le site officiel de ces groupes permet d'identifier leur nature exacte, mais il y a parfois des surprises cachées.

    Conclusion

    Le racisme et l'identitarisme concerne en même proportion les païens que le reste d'une population, mais il ne faut pas confondre systématiquement les deux. Cependant, il convient aussi de retirer du compte des païens ceux qui se prétendent païens à tord, puisqu'ils n'ont en fait aucune idée de ce qu'est réellement le paganisme, et se contentent d'en arborer certains symboles raccoleurs.





    Définition:

    Par identitarisme, nous désignons ici l'ensemble des idéologies radicales prônant une identité raciale, ethnique, religieuse, régionaliste, continentale ou nationaliste dominante. Aucun de ces termes ne s'excluent les uns les autres, tout dépendant d'un groupe identitaire à un autre. Ce phénomène sociologique se rencontre beaucoup dans les milieux de l'extrême droite, mais pas seulement, puisque certains groupes se disent apolitiques, et ne se reconnaissent pas dans des idées fachistes. Cela en fait une nébuleuse insaisissable et difficile à définir, qui veut échapper à certaines dérives propres au monde moderne. Ce phénomène est à rapprocher de celui que l'on nomme communautarisme. On y retrouve souvent différentes formes de fondamentalisme, voire à l'extrême, de fanatisme.
    Cette mouvance se caractérise par l'idéalisation d'une appartenance à la seule version 'vraie' 'authentique' ou 'pure' du sujet. De même, l'identitaire se définit aussi par la protection/défense de cet idéal, pouvant parfois aller jusqu'au martyr, comme dans d'autres versions des fondamentalismes.

    On retrouve souvent dans ces mouvements quelques idéologues ayant une grande influence sur une masse de suivants.

    Cela ne veut pas pour autant dire que nous nions toute appartenance à une culture spécifique. Cependant, nous considérons qu'il est hors de propos de vouloir les opposer, les séparer, et les maintenir figées dans une structure fantasmée et passéiste, comme c'est souvent le cas des identitaires.
    Ainsi, nous n'incluons pas les mouvements de conservation des patrimoines folkloriques et langues régionales, tant que ceux-ci restent ouverts à tout un chacun. Toutes ces cultures traditionnelles sont un trésor historique à faire partager.